Bits and Bobs

Insolites, anecdotiques, éclectiques, des petits bouts de riens trouvés à droite, à gauche, qui piquent ma curiosité, qui m'intéressent ou qui m'amusent...

mercredi 7 mars 2018

North Sentinel

Avez-vous déjà entendu parler de l'île North Sentinel ? Probablement pas...

Carte

North Sentinelle

 

Tard dans la nuit du 2 août 1981, un cargo de Hong Kong naviguant dans les eaux agitées du golfe du Bengale s'échoue sur un récif corallien submergé. Le vaisseau, Le Primrose, était désespérément coincé. Mais il n'y avait aucun risque de couler alors, après avoir appelé les secours par radio, le commandant de bord et l'équipage se sont installés pour quelques jours d'attente.

Primrose

Le lendemain matin, alors que le jour se lève, les marins aperçoivent une île à quelques centaines de mètres du récif. Pour autant que l'on sache, elle était inhabitée : il n ‘y avait pas de bâtiments, pas de routes ou d'autres signes de civilisation - juste une plage de sable immaculé et derrière, une jungle dense. La plage semblait être un endroit idéal pour attendre un sauvetage, mais le capitaine a ordonné à l'équipage de rester à bord du Primrose. C'était la saison des moussons et il avait peut-être peur de faire descendre les hommes dans de minuscules embarcations de sauvetage sur la mer agitée.            

Ou peut-être qu'il avait compris quelle île minuscule se trouvait au-delà du récif : c'était North Sentinel, la plus mortelle des 200 îles de l'archipel d'Andaman.

Quelques jours plus tard, un guetteur à bord du Primrose aperçut un groupe d'hommes à la peau sombre émergeant de la jungle et se dirigeant vers le navire. Était-ce l'équipe de sauvetage ? Cela semblait possible... Jusqu'à ce que les hommes s'approchent un peu plus près et que le guetteur puisse voir que chacun d'eux était nu.

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Nu... et armé, mais pas avec des fusils. Chaque homme portait une lance, un arc et des flèches, ou une autre arme primitive. Le commandant de bord lança un autre appel de détresse radio, beaucoup plus urgent : "Des hommes sauvages ! On estime que plus de 50 personnes, transportant diverses armes artisanales, fabriquent deux ou trois bateaux en bois. Peur qu'ils ne tentent l'abordage au coucher du soleil."

Après une attente tendue de quelques jours supplémentaires, l'équipage du Primrose a été évacué par hélicoptère en toute sécurité.

 

Ils ont eu la chance de s'échapper après s'être échoués juste au large d'une des îles les plus étranges de la Terre, probablement la dernière du genre. Les anthropologues pensent que les hommes qui sont apparus sur la plage ce matin-là en 1981 sont les membres d'une tribu de chasseurs-cueilleurs qui vit sur l'île depuis 65000 ans. Soit 35000 ans avant la dernière période glaciaire, 55000 ans avant que les grands mammouths laineux ne disparaissent d'Amérique du Nord et 62000 ans avant que les anciens Égyptiens ne construisent les pyramides de Gizeh. On pense que ces gens sont les descendants directs des premiers humains d'Afrique.

 

Le monde extérieur connait l'île North Sentinel depuis des siècles, mais les insulaires ont été presque complètement coupés du reste du monde pendant tout ce temps, et ils maintiennent férocement leur isolement jusqu'à ce jour. Personne ne sait quelle langue ils parlent, ni comment ils s'appellent : ils n'ont jamais laissé personne s'approcher assez près pour le découvrir. Le monde extérieur les appelle "les Sentinelles", d'après le nom de l'île. On estime que l'île de 28 miles carrés (environ 7250 hectares, soit légèrement plus grande que Manhattan) peut accueillir jusqu'à 400 chasseurs-cueilleurs, mais personne ne sait combien de personnes y vivent.

 

North Sentinel Island est étonnamment bien adaptée pour faire vivre et isoler une tribu comme les Sentinelles. C'est trop petit pour intéresser les colons ou les puissances coloniales, surtout lorsqu'il y a des îles plus grandes à quelques heures de navigation. Et contrairement à beaucoup de ces îles, North Sentinel n'a pas de port naturel, donc il n'y a pas de bon endroit où un navire peut s'abriter d'une tempête. De plus, l'île est entourée d'un anneau de récifs coralliens submergés qui empêchent les grands navires de s'approcher. C'était particulièrement vrai à l'époque de la voile, quand les navires n'avaient aucun moyen de manœuvrer rapidement pour se sortir du danger une fois qu'ils avaient réalisé que les récifs étaient là. Des ouvertures étroites dans ces récifs permettent aux petits bateaux de se glisser et d'aborder la plage, mais elles ne sont praticables que par beau temps et par mer calme, ce qui arrive deux mois par an. Pendant les dix mois restants, l'île ne peut pas être approchée en sécurité depuis la mer.

En même temps qu'ils retiennent les étrangers à l'extérieur, les récifs coralliens contribuent à garder les Sentinelles à l'intérieur puisque les récifs créent plusieurs lagunes peu profondes qui regorgent de vie marine. La nourriture fournie par ces lagunes est si abondante que les Sentinelles n'ont jamais eu besoin de pêcher dans les eaux profondes au-delà des récifs coralliens. Ils propulsent leurs pirogues à travers les lagunes en les poussant avec une perche, mais ils ne peuvent pas naviguer dans une eau plus profonde que la longueur de ces perches. Ils n'ont jamais inventé les rames, sans lesquelles ils ne pourraient quitter l'île.

Les îles Andaman, y compris North Sentinel, se trouvent au carrefour d'anciennes routes commerciales entre l'Europe, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud-Est. Ironiquement, cela a peut-être encouragé davantage les tendances isolationnistes des Sentinelles, car leur peau sombre et leur apparence africaine en auraient fait les cibles de tous les marchands d'esclaves qui auraient pu tenter de débarquer sur l'île au cours des siècles. Des contacts périodiques avec de tels étrangers n'auraient fait qu'intensifier l'hostilité de la tribu envers le monde extérieur et leur désir d'être laissés seuls.

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Une autre chose qui a protégé les Sentinelles des étrangers : la croyance séculaire que toutes les tribus des îles d'Andaman étaient cannibales. Rien n'indique que l'une d'entre elles l'ait été, si ce n'est que certaines tribus portaient les os de leurs ancêtres comme bijoux, y compris les crânes, attachés dans le dos. Il aurait été facile de les confondre avec des cannibalesmais qui resterait assez longtemps pour découvrir qu'ils ne le sont pas?

Depuis que l'astronome grec Ptolémée a écrit à propos d'une "île des Cannibales" quelque part dans le golfe du Bengale au deuxième siècle après J-C, les marins contournaient déjà largement les Andamans. Marco Polo n'a pas arrangé les choses vers 1290 quand il a décrit les Andamaneses comme "une race brutale et sauvage... [qui] tuent et mangent tous les étrangers sur lesquels ils peuvent poser leurs mains". De telles allégations ont certainement aidé à éloigner les étrangers. Et compte tenu de la férocité avec laquelle les Sentinelles et les autres tribus andaman ont défendu leurs îles, c'est probablement ce qui explique leur survie jusqu'à aujourd'hui.

 

La première menace réelle pour les autochtones de l'île North Sentinel est apparue en 1858, lorsque les Britanniques ont établi une colonie pénitentiaire à Port Blair sur l'île Andaman Sud voisine et se sont mis en route pour tenter de pacifier les tribus locales : le Grand Andamese, l'Onge, le Jarawa et finalement les Sentinelles. L'une des techniques utilisées par les Britanniques consistait à kidnapper un membre d'une tribu hostile, à le retenir pendant une courte période, à bien le traiter, puis à le couvrir de cadeaux et à le laisser retourner auprès de son peuple. Ce faisant, les Britanniques espéraient démontrer leur amabilité. Si la première tentative ne fonctionnait pas, ils répétaient le processus avec autant de membre de la tribu qu'il le fallait pour transformer une tribu hostile en une tribu amicale.

En 1880, un groupe lourdement armé dirigé par Maurice Vidal Portman, l'administrateur colonial britannique de 20 ans, débarque sur North Sentinel et fait ce que l'on pense être la première exploration de l'île par des étrangers. Plusieurs jours s'écoulent avant qu'ils n'entrent en contact avec des sentinelles, parce que les membres de la tribu disparaissaient dans la jungle chaque fois que les étrangers approchaient.        
Finalement, après plusieurs jours sur l'île, le groupe a fini par tomber sur un couple de personnes trop âgées pour s'enfuir et plusieurs jeunes enfants. Portman a ramené les deux adultes et quatre des enfants à Port Blair. Mais l'homme et la femme sont vite tombés malades avant de mourir, probablement d'une exposition à des maladies occidentales comme la variole, la rougeole et la grippe, auxquelles ils n'auraient pas ou peu résisté. Portman ramena donc les quatre enfants à North Sentinel Island et les relâcha avec des cadeaux pour le reste de la tribu. Les enfants disparurent dans la jungle et ne furent plus jamais revus.

 

Après cette expérience, les Britanniques laissèrent les Sentinelles plus ou moins tranquilles et concentrèrent leurs efforts de pacification sur les autres tribus. Lorsque l'Inde a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne en 1947, les îles Andaman ont été cédées à l'Inde, et les Indiens ont aussi ignoré les Sentinelles pendant une vingtaine d'années.

Puis, en 1967, le gouvernement indien lança sa propre expédition à grande échelle sur l'île North Sentinel, avec de nombreux policiers armés et des officiers de marine pour assurer leur protection. La visite fût moins agressive que celle des Britanniques 87 ans plus tôt (aucun enlèvement), et plus scientifique (un anthropologue du nom de T.N. Pandit était membre du groupe). Mais ils n'ont jamais pu prendre contact avec un seul sentinelle ; encore une fois, les membres de la tribu disparaissaient plus profondément dans la jungle chaque fois que les étrangers approchaient.

Cela a donné lieu à une politique qui a duré des décennies de "visites de contact" du gouvernement indien sur l'île North Sentinel. De temps à autre, pendant la courte saison de temps calme, un navire indien mouillait à l'extérieur des récifs coralliens et dépêchait de petits bateaux dans les ouvertures des récifs pour approcher les plages.

Approcher les plages, mais pas la terre ferme.

Les bateaux devaient s'assurer de ne pas se trouver à moins d'une portée de flèche de la plage ou risquer d'être attaqués par les Sentinelles.

Ces étrangers, comme les Britanniques avant eux, venaient avec des cadeaux - généralement des bananes et des noix de coco, qui ne poussent pas sur les îles, et parfois d'autres cadeaux, y compris des colliers de perles, des balles en caoutchouc, des seaux en plastique, des pots et des casseroles. Les visiteurs approchaient aussi près qu'ils le pouvaient tout en restant en sécurité, puis ils jetaient par-dessus bord les objets qui allaient s'échouer sur la plage. Ou, si le groupe était assez important pour pousser les Sentinelles à battre en retraite dans la jungle, il pouvait même accoster sur la plage. Mais juste assez longtemps pour déposer les cadeaux et s'enfuir avant que les Sentinelles n'attaquent.

North Sentinel Island real footage. The most dangerous tribe in the world.

Lorsqu'une équipe de tournage du National Geographic s'attarda trop longtemps lors d'une de ces visites en 1975, un guerrier sentinelle tira une flèche dans la cuisse du réalisateur puis se tint là, sur la plage, en riant de son exploit.

Ce n'est qu'au début des années 1990, après plus de 20 ans de visites, que les Sentinelles ont finalement relâché un peu leur garde et permis aux bateaux de se rapprocher. Parfois, des membres de la tribu non armés se tenaient sur la plage tandis que les gens sur les bateaux lançaient les noix de coco par-dessus bord. Quelques fois, ils se sont même avancés dans l'eau pour récupérer les noix de coco. Malgré cela, ils n'ont pas permis aux visiteurs de rester longtemps. Au bout de quelques minutes, les Sentinelles signalaient par des gestes menaçants ou des "coups de semonce" - flèches tirées sans pointe - que la visite était terminée.

Ceci est sans doute le contact le plus proche que les Sentinelles aient jamais eu avec le monde extérieur.

Au milieu des années 1990, le gouvernement indien a décidé que sa politique pour forcer le contact avec les Sentinelles n'avait aucun sens et il a mis fin aux visites en 1996.

Les visites n'avaient aucun sens en Inde, mais elles étaient dangereuses pour les Sentinelles. Avec si peu de résistance aux maladies occidentales, les insulaires risquaient non seulement la mort des individus à chaque contact avec des étrangers, mais aussi l'extinction de toute la tribu. C'est ce qui s'est passé avec d'autres tribus de l'île Andaman Sud : lorsque les Britanniques ont établi leur colonie pénitentiaire sur l'île en 1858, la population autochtone des îles Andaman comptait près de 7 000 personnes. Mais l'arrivée des Britanniques a été suivie d'une succession d'épidémies, dont la pneumonie, la rougeole, les oreillons et la grippe russe, qui ont décimé les tribus. Après plus de 150 ans d'exposition aux maladies occidentales, leur nombre est tombé à moins de 300 et continue de diminuer. Certaines tribus ont complètement disparu. Les Sentinelles, en refusant le contact avec le monde extérieur, sont la seule tribu qui a évité ce triste sort.

Les Sentinelles ont même survécu au tsunami de 2004 dans l'océan Indien, le plus meurtrier de l'histoire, avec peu ou pas de victimes. Alors que le tsunami a tué plus de 230 000 personnes dans les pays environnants, il semble que les Sentinelles aient été en mesure de sentir l'arrivée du tsunami et de s'enfuir vers un terrain plus élevé avant son arrivée. Lorsqu'un hélicoptère de la marine indienne est arrivé trois jours plus tard pour vérifier qu'ils allaient bien et déposer des colis de nourriture sur la plage, un guerrier sentinelle est sorti de la jungle et a averti l'hélicoptère avec un arc et une flèche, signe évident que les Sentinelles ne voulaient pas de l'aide extérieure.

 

Aujourd'hui, le gouvernement indien met en place une zone d'exclusion de trois miles autour de North Sentinel avec des patrouilles maritimes et aériennes régulières. De lourdes amendes et des peines d'emprisonnement pèsent sur les personnes qui entrent dans la zone. Et si ce n'est pas assez dissuasif, les sentinelles continuent de défendre leur île aussi farouchement que jamais. En 2006, deux braconniers qui avaient passé la journée à pêcher illégalement dans la zone d'exclusion ont jeté l'ancre près de l'île et se sont endormis, apparemment après une nuit de forte consommation d'alcool. Au cours de la nuit, l'ancre s'est détachée et le bateau a dérivé sur les récifs coralliens. Les Sentinelles ont tué les deux hommes et enterré leurs corps sur la plage. Aux dernières nouvelles, les corps sont toujours là. Quand un hélicoptère de la marine indienne a tenté de les récupérer, les Sentinelles les ont attaqués avec des arcs et des flèches.

 

A l'heure actuelle, toute personne disposant d'un ordinateur portable et d'un accès Internet peut utiliser Google Earth pour espionner des endroits qui ne sont pas destinés à être vus de l'extérieur. Vous pouvez regarder des photos satellites de la zone 51, la base aérienne militaire secrète dans le désert de Nevada. Vous pouvez regarder Mount Weather, une installation secrète en Virginie qui serait l'endroit où les membres du Congrès seraient évacués en cas d'urgence nationale. Vous pouvez même jeter un coup d'œil sur les rives secrètes de la périphérie de Pyongyang, en Corée du Nord, qui sont le terrain de jeu de l'élite du Parti communiste du pays.

Epave

Mais quand on regarde l'île North Sentinel Island dans le golfe du Bengale, on ne voit que l'épave du Primrose, toujours coincée sur le récif où elle s'est échouée en 1981. Vous ne pouvez pas voir les Sentinelles, leurs habitations, ou quoi que ce soit qui pourrait faire la lumière sur le nombre d'habitants de l'île ou comment ils vivent. L'épaisse canopée de la jungle qui couvre chaque centimètre de l'île, à l'exception des plages, cache tout : même vue de l'espace, les Sentinelles restent exemptes de regards indiscrets.

 

Source principale

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vendredi 13 mai 2016

Je suis le roi du pétrole !

J'aime bien faire du tourisme avec Google Maps : je choisis un endroit au hasard sur la carte du monde, je me rapproche au maximum avec la molette puis je passe en mode "Earth". Ensuite je me promène... Dans des villes, en montagne, sur des plages... Essayez, c'est très dépaysant et ça peut durer longtemps parce que les ressources sont presque inépuisables !

 

Aujourd'hui, je suis allée au Nouveau Mexique. C'est visiblement une région très sèche : en arrivant sur des champs, ils étaient irrigués comme souvent aux Etats-Unis (on reconnait bien leur forme ronde et bien verte) :

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Voir sur Google Maps

 

En reculant un peu et en me déplaçant vers l'ouest, je suis arrivée dans une zone inhabitée, aride, étrangement piquetée : 

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Voir sur Google Maps

 

J'ai d'abord pensé à des maisons abandonnées. 

Mais en me rapprochant je me suis aperçue que je venais de trouver du pétrole ! 

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Voir sur Google Maps (ce puits ou un autre...)

Et il y en a des dizaines comme ça, voire des centaines !

Il faut quand même que je vous explique la raison de ma joie. Il y a quelques années, je me suis demandée à quoi ressemblait un champ de pétrole, j'ai alors été sur Google Maps, direction l'Arabie Saoudite et je me suis promenée en plein désert pendant des heures... Sans rien trouver...

Alors aujourd'hui, je suis le roi du pétrole !

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vendredi 4 décembre 2015

Svalbard

La procrastination a parfois du bon : depuis des mois (années ? !!!) je voulais écrire un article sur la Réserve Mondiale de Semences du Svalbard en Norvège. 

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Et puis j'ai découvert Camicaos, le blog de Camille Causse, "une archiviste, [qui] veut tordre le cou aux idées préconçues sur les archives". Si vous ne connaissez pas son blog, voilà une belle occasion de le faire.

Camicaos donc. Il se trouve que Camille a publié un très bon article sur la Réserve Mondiale de Semences que je vous recommande. Ce qui me dispense d'en écrire un. CQFD. 

D'autre part, ce soir, parallèlement à la COP21, TF1 a diffusé un passionnant reportage sur la Réserve "du Sptizberg", dans lequel j'ai appris que :

- pour la première fois, un pays a eu besoin de réutiliser ses réserves de graines pour reconstituer ses stocks. Il s'agit de la Syrie et vous en devinez la raison... mais vous pouvez aller lire cet article à ce propos.

- la France ne contribue pas à la Réserve Mondiale de Semences car elle considère que ses propres installations sont suffisantes. Il semble que les japonais tenaient la même position... jusqu'au tsunami et à l'accident de Fukushima.

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jeudi 28 mai 2015

L'Inde fond...

Une vague de chaleur frappe l'Inde en ce moment : tous les records de température ont été battus en ce mois de mai avec 47,6°C enregistrés à Titlagarh dans le district de Balangir. Naturellement, comme lors de la canicule de 2003 en France, le nombre de victimes dues à cette vague de chaleur est terrible : plus de 1100 morts enregistrés.

Même les routes fondent...

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Source

 

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jeudi 9 octobre 2014

Villes éteintes

 

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"L'on sait qu'il est impossible d'observer les détails d'un ciel étoilé au-dessus d'une ville. L'éclairage urbain entraîne une pollution lumineuse telle que celui qui observe le ciel est aveuglé comme par les phares d'une voiture. Pourtant les étoiles sont bien là, mais masquées par toutes les interférences humaines.
Thierry Cohen ne se contente pas de remplacer un ciel par un autre dans le souci de rendre plus lisible sa photographie. Il explore des lieux sauvages, dénués de toute pollution lumineuse — le désert d'Atacama, le désert de Mojave, le Sahara occidental —, ayant une bonne clarté atmosphérique mais situés à la même latitude que les villes qu'il a photographiées: sur ces ciels immaculés, il pointe son objectif avec un angle constant. La Terre tournant sur son axe, il obtient des ciels identiques à ceux que l'on pourrait observer quelques heures avant ou après, au-dessus des mêmes villes.
En d'autres termes, il montre un ciel non pas imaginaire, mais tel qu'il devrait être vu au-dessus de Rio, de New York, de Shanghai, de Tokyo, de Hong-Kong ou de Paris. (...)»
Extrait du texte de Francis Hodgson

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Thierry Cohen est représenté par la Galerie Esther Woerdehoff en Europe et la Danziger Gallery aux Etats-Unis. Vous pouvez en voir plus sur son site officiel.

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lundi 9 juin 2014

Ecoutez...

Voici un article publié en novembre 2012, que je gardais sous le coude depuis presque deux ans pour le traduire... Ce long week-end a été l'occasion...

Nous commencerons dans un champ de maïs, un champ de maïs de l'Iowa à la fin de l'été, par une belle journée. Le maïs est haut. L'air est chatoyant. Il manque juste quelque chose, et c'est quelque chose d'énorme...

... un truc vraiment énorme, mais je ne vous dirai pas ce que c'est, pas tout de suite.

A la place, faisons un détour. Nous reviendrons dans le champ de maïs dans une minute mais pour rendre les choses intéressantes, nous allons sauter de l'autre côté du monde, dans un parc public près de Cape Town, Afrique du Sud, où vous remarquerez un cube, un cube de métal posé là dans l'herbe.

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Ce cube a été posé là par David Liittschwager, photographe, qui a passé plusieurs années à voyager dans le monde, posant son cube d'un pied-cube (0.03 m3) dans des jardins, des torrents, des parcs, des forêts, des océans, puis photographiant tout ce qui passait dedans. Scarabées, criquets, poissons, araignées, vers, oiseaux... tout ce qui était assez gros pour être vu à l'oeil nu, il l'a capturé et photographié. Voici ce qu'il a trouvé dans son cube au Cap en 24 heures :

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Il y a 30 plantes différentes dans ce pied carré d'herbe (0.09 m2) et environ 70 insectes différents. Et mieux, selon un chercheur en Angleterre, "Si nous déplaçons le cube de 3 mètres, nous pourrons avoir une différence de 50% des plantes rencontrées. Si nous le déplaçons en haut de la colline, nous pourrions ne trouver aucune de ces espèces". Les populations changent complètement à quelques mètres de distance et c'est sans compter sur les champignons, microbes et autres petites bestioles que Liittschwager et son équipe ne pouvaient voir.

Un autre exemple : voici le cube placé à 30 mètres du sol, dans les branches supérieures d'un figuier Strangler au Costa Rica. Nous sommes en l'air maintenant, surplombant une vallée.

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Que se passe-t-il ici ? Plus de 150 plantes et animaux différents vivent ou sont passés dans le cube : des oiseaux, des scarabées, des mouches, des papillons, des insectes, des insectes, et encore des insectes...

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E.O. Wilson, le biologiste de Harvard qui a rédigé l'introduction de ce livre de David Liittschwager, explique que ce sont les gros animaux qui attirent notre attention. Mais si nous nous baissions et que nous examinions une petite surface de sol, "progressivement, les plus petits habitants, bien plus nombreux, commencent à les éclipser". Il y a les bestioles qui aèrent le sol, qui pollinisent, qui nettoient. Il y en a des tas et des tas et des tas.

Retour dans le champ de maïs
Ce qui nous ramène dans l'Iowa, où mon collègue Craig Childs, journaliste scientifique de la radio publique NPR décida de vivre une petite aventure. Comme il le raconte dans son nouveau livre Apocalyptic Planet, il a recruté son ami Angus et, ensemble, ils ont décidé de passer deux nuits et trois jours ("nous appellerons ça un long week-end) dans une ferme de 240 ha dans le comté de Grundy. Le but était de s'installer au milieu des épis de maïs (il y en aurait mille milliards dans l'Iowa) pour voir ce qui vivait là. En d'autres termes, un recencement à la Liittschwager.

Les champs de maïs, toutefois, ne sont pas des parcs nationaux ou des forêts vierges. Les maïsiculteurs élèvent du maïs. Tout ce qui peut manger le maïs, blesser le maïs, gêner le maïs est tué. Leur maïs est sélectionné pour combattre les nuisibles. Le sol est pulvérisé. Les épis sont pulvérisés. Aussi, comme David, Craig se demandait "qu'est ce que je vais trouver ?"

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La réponse m'a stupéfait : il n'a presque rien trouvé. "J'écoutais et je n'entendais rien, pas un oiseau, pas le bruit d'un insecte."

Il n'y avait pas d'abeilles. L'air, le sol semblaient vides. Il a trouvé une fourmi "si petite qu'on n'aurait pas pu l'épingler sur un tableau d'insectes". Un peu plus tard, en rampant dans une autre ligne de maïs, il a trouvé un champignon "de la taille d'un pépin de pomme". Puis, encore un peu plus tard, une araignée qui mangeait un tipule (un cousin). Une seule araignée rouge "de la taille d'un grain de poussière qui s'empressait sur la terre nue", quelques sauterelles, et c'est tout. Bien qu'il ait rampé et rampé, il n'a rien trouvé d'autre.

"On se serait cru sur une autre planète, un monde stérile".

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Pourtant, il y a 100 ans, ces mêmes champs, ces prairies, abritaient 300 espèces de plantes, 60 mammifères, 300 oiseaux et des centaines d'insectes. Ce sol était le plus riche, le plus fertile de l'état. Et maintenant, dans ces parcelles, il n'y littéralement plus rien sinon une seule espèce vivante. Nous avons gommé tout le reste.

Nous avons besoin de nous nourrir bien sûr. Mais nous avons besoin de ces petites créatures qui amènent la vie sur Terre. Il y a quelque chose d'étrange dans cette ferme qui crée intentionnellement un désert biologique pour produire de la nourriture pour une seule espèce : nous. C'est efficace, oui. Mais c'est tellement efficace qu'il manque les fourmis, il manque les abeilles, même les oiseaux sont absents. Quelque chose ne va pas. Nos champs de maïs sont trop silencieux."

Source

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jeudi 17 avril 2014

Le retour d'El Niño ?

Selon différents articles parus récemment et en particulier celui de Slate.fr :

Les probabilités sont de plus en plus fortes qu'El Niño soit de retour en 2014 –et selon de nouvelles prévisions météo, le phénomène pourrait même être particulièrement vigoureux.
[...]
Les météorologues sont de plus en plus convaincus qu'El Niño sera particulièrement fort cette année, car, à plusieurs mètres sous la surface de l'Océan Pacifique, on observe des masses d'eau exceptionnellement chaudes :

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La grosse tâche rouge, c'est une énorme nappe d'eau anormalement chaude
s'étendant actuellement à près de 100 mètres sous la surface de l'Océan Pacifique
et d'une surface assez conséquente pour recouvrir les États-Unis. 

Comme je [Eric Holthaus, l'auteur de l'article] l'écrivais à l'automne dernier, le prochain El Niño pourrait suffire à faire de 2014 l'année la plus chaude jamais répertoriée, et 2015 pourrait même l'être encore davantage.

A en croire le site de "les Echos" :

l’éventualité [du retour d'El Niño] inquiète les opérateurs : à l’exception du riz, l’ensemble des produits agricoles affiche de nettes progressions sur les marchés depuis le début de l’année, en raison de conditions météorologiques exceptionnelles en Amérique latine et des tensions en Ukraine. Le blé est en hausse de 12%, le maïs de 13%, le cacao de 10%, l’huile de palme de 7%. Sans parler du café arabica, dont les cours ont bondi de 75%. Certes, les cours du blé sont aujourd’hui inférieurs de 25% à leur pic historique de 2012, mais le souvenir de la flambée des prix agricoles cette année-là reste prégnant.

Sources : Slate et Les Echos, deux articles qui méritent d'être lus dans leur intégralité.

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mercredi 9 avril 2014

L'évènement Carrington

Voici un article que j'ai failli intituler "Vous aimez les aurores boréales ?" et puis, je me suis dit que le sujet n'était vraiment pas drôle...

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Quelques extraits traduits d'un article du Telegraph :

[...] Au cours des dernières décennies, il est devenu clair que notre voisinage cosmique n'était pas aussi affable que nous le pensions. Dans les années 1980 par exemple, il a été confirmé que la Terre avait été frappée à plusieurs reprises dans son histoire par des objets spaciaux - pas assez gros pour la stériliser complètement, mais quelquefois assez gros pour changer le cours de la vie pour toujours. Le plus célèbre d'entre eux a été, il y a 65 millions d'années, la collision avec un astéroïde de 9 km de diamètre dont la chute près de la côte mexicaine a causé la disparition des dinosaures.

Mais ce ne sont pas seulement les météorites que nous devons craindre. Des chercheurs japonais ont découvert grâce à l'étude des cernes des arbres que pendant l'année 775 la Terre avait été frappée par une éruption solaire colossale. Les scientifiques ont constaté un pic de carbone 14 radioactif dans les cèdres anciens qu'ils étudiaient. En Finlande, Ilya Usoskin et ses collègues ont constaté le même pic de l'autre côté de la planète. L'une des théories est que cela aurait été causé par l'explosion d'une étoile voisine - une supernova - qui aurait balayé la Terre de radiations.
Le problème, dit Usoskin, était qu'ils ne touvaient aucun signe d'un reste de supernova à la distance requise dans le ciel.
[...] Mais il existe des comptes-rendus datant d'il y a 1238 ans, non pas d'une "nouvelle étoile" brillante, mais des cieux qui prennent feu comme le disait Roger de Wendover (un chroniqueur anglais) : "des signes enflammés et effrayants ont été vus dans le ciel après le coucher du soleil ; et des serpents sont apparus dans le Sussex, comme s'ils avaient jailli du sol, à l'étonnement de tous."
Ce fut, dit Usoskin, probablement le compte-rendu d'une aurore boréale, les "lumières du nord". "Quiconque a vu des aurores boréales sait qu'elles ressemblent à des serpents," a déclaré le scientifique finlandais au New Scientist. Sa conclusion est que la Terre a été frappée par une énorme masse de particules chargées, éjectées par le Soleil. 

C'est loin d'être un cas isolé : ces éruptions se produisent tous les quelques siècles environ. De fin août à début septembre en 1859, la Terre a été frappée par une tempête de moindre intensité qui a eu des effets tout aussi dramatiques. Appelée l'Evènement Carrington, d'après l'astronome qui l'a pleinement documentée, la tempête solaire a réveillé les mineurs de la ruée vers l'or californienne dans leurs tentes. Les aurores boréales ont été vues aussi loin que dans le Queensland au nord de l'hémisphère sud, et jusqu'à Washington DC au sud de l'hémisphère nord.

Comme pour la tempête de 750, le principal impact sur l'homme a été un beau spectacle lumineux : il n'existe aucune preuve que les tempêtes solaires de cette intensité peuvent affecter directement la vie. Mais il y avait aussi un avant-goût glacial de ce qui se passerait si un tel événement venait à se répéter aujourd'hui. Le déferlement de particules chargées eu un impact dramatique sur le système télégraphique naissant dans le monde entier. Ce que l'auteur Tom Standage a appelé «l'Internet victorien» a été pratiquement détruit : les fils télégraphiques ont été court-circuités, les câbles en cuivre ont fondu et certains opérateurs ont reçu de mauvais chocs électriques.

Le monde de 1859 était encore un monde de chevaux-vapeur, de chandelles et de gaz. Il n'y avait pas d'électricité domestique, pas de téléphone et pas de radio. Si l'Evénement Carrington devait se reproduire demain, il serait cataclysmique : les lignes électriques fondraient, les centrales électriques s'enflammeraient, la moitié du réseau téléphonique du monde serait hors service, les satellites de télécommunication tomberaient et Internet serait paralysé, peut-être pendant toute une année. Il y aurait des perturbations massives dans l'approvisionnement en nourriture, dans le traitement et la distribution de l'eau, ainsi que dans le système bancaire mondial. Toute l'organisation technologique finement réglée dont notre civilisation dépend serait tendue jusqu'au point de rupture. La seule réparation des lignes électriques prendrait des semaines, à condition qu'une quantité suffisante de cuivre ait pu être trouvée.

En juin 2013, une étude anglo-américaine menée par les assureurs de Lloyd, estime qu'une tempête solaire de cette ampleur coûterait au monde £ 1 600 000 000 000 et ferait basculer la planète dans la dépression.[...]

 

Si vous voulez en savoir plus sur la tempête solaire de 1859, vous pouvez lire la - très instructive - page Wikipédia la concernant.

Source 

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mardi 8 avril 2014

Des insectes écrabouillés...

Titam a publié un article intitulé "victime des drones" - que je vous recommande, cela va sans dire.

En allant lire la source de son article, j'ai été frappée par l'infographie suivante 

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et en particulier par les chiffres à droite qui ne concernent que la région Khyber Pukhtoonkhwa marquée en rouge : 

Attaques de drones : 380 +

Morts : 3500 +

Enfants tués : 200+

Jamais je n'aurais imaginé de tels chiffres. Je pensais que l'usage des drones militaires restait occasionnel, et surtout, que les opérations étaient bien plus "ciblées".

Que je suis naïve...

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dimanche 30 mars 2014

L'impact humain sur la Terre

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) planche depuis ce mardi 25 mars sur un rapport sur l'état climatique de la Terre. Un document qui s'annonce alarmiste. Pourtant, dirigeants et citoyens du monde ne semblent pas prendre conscience de l'urgence qu'il y a à se pencher sur l'état de notre environnement. Zoom sur des images saisies depuis l'espace, qui viennent rappeler que l'activité humaine a bien un impact à l'échelle de la planète. 

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Traînées de condensation créées par le trafic aérien sur la Bretagne, le 16 mai 2004. Le transport aérien contribue pour 3% aux émissions mondiales de CO2, un volume qui sera de quatre à six fois plus important d'ici à 2050 sans une action pour les limiter. 

 

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